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Lucien Guitry

Né en 1860 et mort en 1925, Lucien Guitry n’a pas seulement été le père de Sacha Guitry, il a été le plus grand comédien de son temps. L’égal de Sarah Bernhardt – pour qui Jean Cocteau avait inventé le terme Monstre sacré. Le père et le fils n’ont pas toujours été en très bon termes, notamment lorsque Sacha a eu l’idée saugrenue de piquer la maitresse de son père pour en faire sa femme. Elle était comédienne, elle s’appelait Charlotte Lysès et c’est elle qui a créé Faisons un rêve, avec Sacha Guitry, bien entendu, et le grand Raimu, en 1916. C’est pour son père que Sacha a écrit la pièce Le comédien. Après une rupture qui a durée plusieurs années, le père et le fils ont fini par se réconcilier.

Voici le portrait que faisait Sacha Guitry de son père. Un très beau portrait.

Faisons un rêve

C’est une pièce de jeunesse de Sacha Guitry, il a trente et un ans lorsqu’il la joue pour la première fois en 1916. La distribution est alors composée de sa première femme, Charlotte Lysès, de son ami Raimu qui interprète le rôle du mari, tandis que l’auteur tient celui de l’amant. Guitry reprend la pièce en 1921, avec Yvonne Printemps, devenue sa deuxième épouse, Raimu garde, bien entendu, son rôle. Puis, en 1936, il la porte au cinéma avec Jacqueline Delubac, sa troisième femme. Raimu est toujours là. De là à dire que les femmes passent et que les amis restent…

En 1916, l’année de la création, Guitry est un auteur jeune, mais qui a déjà nombre de succès derrière lui. Pendant cette terrible guerre de 14-18, il écrit quelque chose de léger, d’insouciant, et fait souffler un vent de jeunesse sur la scène parisienne. Il renouvelle la comédie de mœurs, l’allège de ses règles bourgeoises d’alors, crée des personnages plus proches de la réalité, invente le quotidien dans les dialogues. Il trouve une spontanéité de ton et de verbe très novatrice. Il est curieux de penser que, pour beaucoup aujourd’hui, il est un auteur bourgeois, alors qu’il a balayé toutes les règles, qu’il n’en a toujours fait qu’à sa tête, qu’il a sans cesse inventé, qu’il ne s’est jamais enfermé dans un genre, et que ses morales n’ont jamais rien de conventionnelles.

Pour quelqu’un qui essaie d’écrire, cette pièce relève de la perfection absolue dans la simplicité et la vérité.